Le baptême
Maintenant, il faut que le bébé soit chrétien,
et pour cela, on doit le baptiser sans trop tarder.
On ne connaît guère de famille où l'on refuse de faire donner
à l'enfant ce premier sacrement.
La cérémonie du baptême n'a pas l'importance des autres cérémonies
religieuses familiales.
Elle pourrait même passer inaperçue. Les enfants de chur
ont été prévenus par le curé qu'il y aura un baptême tel
dimanche. Ils ont mis au courant leurs bons copains, ceux-là
seulement, on verra pourquoi.
En fait, ce n'est qu'un secret de polichinelle ; à la sortie de
la messe, tous les gamins du village seront à la porte de l'église.
On a revêtu le bébé d'une longue robe, le robe de baptême.
Elle a été offerte par la marraine ; mais parfois, c'est une
robe qui a été portée par plusieurs générations.
La marraine offre aussi une chaîne de cou avec une médaille
d'or ou d'argent.
C'est le parrain qui tient son filleul sur les fonts baptismaux.
Dès la cérémonie terminée, la cloche sonne ; la durée de la
sonnerie dépend du pourboire qu'on a donné au sonneur.
Les parrain et marraine jettent des dragées aux enfants qui
attendent devant le portail. C'est la bousculade d'autant plus
qu'aux dragées sont souvent mélangées des pièces de petite
monnaie : pièces de 1 sou ou de 2 sous (5 ou 10 centimes en
bronze). Les enfants sont satisfaits, tant pis si l'hygiène n'y
trouve pas toujours son compte.
En revenant, sur le chemin de la maison, le parrain et la
marraine offrent des dragées aux personnes qu'ils rencontrent.
Le baptême est une cérémonie religieuse gratuite. Cependant,
il est d'usage d'offrir au curé une boîte de dragées avec un
billet à l'intérieur. Les enfants de chur n'ont droit qu'à
un cornet. Ces boîtes ou cornets de dragées sont offerts aux
membres de la famille ou aux amis. Ils sont bleus ou roses, comme
les dragées elles-mêmes ; les dragées aux amandes sont les
plus appréciées, ce sont aussi les plus chères.
Le parrain se doit d'offrir à la marraine (sa commère) une boîte
plus jolie que les autres, une occasion pour la marraine de
remercier son compère.
Ne quittons pas cette distribution de cadeaux sans rappeler que
le parrain offre à son filleul un couvert d'enfant ou une
timbale et un rond de serviette. Parfois, on y ajoute un
coquetier. Ces objets en métal argenté sont gravés aux
initiales de l'enfant. Tous ces cadeaux sont toujours précieusement
conservés.
Il est très courant de retrouver la timbale de baptême des
parents ou même des grands-parents soigneusement gardée dans un
buffet ou alignée dans une vitrine avec plusieurs de ses
semblables.
Inutile de dire que le baptême est aussi l'occasion d'une réunion
familiale et du repas traditionnel terminé par la non moins
traditionnelle pièce montée.
Mais il ne faut pas oublier que le baptême doit avant tout être
un acte religieux. Le parrain et la marraine s'engageaient à
veiller sur l'éducation religieuse de leur filleul. Respectaient-ils
cet engagement ?
Honneur sans profit disaient les gens de la campagne pour qui l'économie
n'était pas un vain mot.
Ne terminons pas sur ces propos un peu médisants. Le baptême était
une fête de famille ; il laissait des souvenirs.
Je me souviens que lorsque nous étions élèves à l'école du
village, au moment du Jour de l'An, le maître réservait une
matinée de classe au cours de laquelle on écrivait des lettres
de vux, lettres toujours écrites avec une extrême
application sur une feuille entourée de dentelle de papier.
Parmi ces lettres, il y en avait toujours une pour le parrain et
la marraine qui répondaient parfois avec un petit cadeau.
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