Le pet

Mais, ces expressions populaires ô combien imagées trouvaient leur prolongement dans la fonction même de l'organe dont nous venons de parler.

On a sans doute oublié cet "artiste" du début du siècle qui attirait les foules et qu'on appelait "le Pétomane".
Je ne l'ai jamais entendu, bien sûr ; ce n'est pas une plaisanterie.
Le regretté Jean Nohain lui a consacré un livre.

Je me souviens d'un vieux monsieur qui (comme beaucoup de ses semblables) trouvait normal de faire un pet quand le moment était venu.
Son épouse qui ne s'était jamais habituée à une telle liberté de la part de son époux, protestait en vain à chaque occasion.
Alors le responsable s'adressait à moi (Je ne crois pas que ce soit pour se justifier.) : "Crois moi, mon tiot, il vaut mieux péter en société que mourir tout seul."
Après tout, cette philosophie en vaut bien une autre.

Une vieille dame que j'ai bien connue avait aussi son opinion sur cette question : "Pour vivre longtemps, il faut donner à son cul vent." ; cela mériterait d'être à l'origine des médecines douces.

On sait qu'un prétentieux voulait péter plus haut qu'il en avait le cul (On disait aussi le derrière.).
Certains ajoutaient même "pour se faire un trou dans le dos".
On élevait le débat.
Cette expression est peut-être à l'origine de la version moderne et plus élaborée : "Il ne faut pas venter plus haut qu'on en a le moulin." car on y retrouve la même idée directrice.

Filer comme un péteux n'a rien d'honorant. On est plutôt honteux.

Rien n'oblige à porter un rase pet, mot très imagé qui désigne un par-dessus demi-long.

Restons toujours sur un terrain abstrait.
On sait qu'il y a des gens qui s'inquiètent pour un pet de travers, ce qui laisserait supposer qu'il ne s'agit pas de la bonne direction et que ce n'est pas normal quoique très bénin.

D'autre part, le bon sens populaire nous dit que pour péter au goût de tout le monde, il faut rudement péter droit.
Incontestablement, l'orientation a son importance.

Pour bien montrer qu'elle doutait d'une promesse ou d'un engagement, une vieille dame (Ce n'est pas celle de tout à l'heure.) marquait son scepticisme d'une façon très imagée et aussi très inattendue : "S'il réussit, je pète un ours"et si l'enjeu en valait vraiment la peine : "je pète un éléphant".
On appréciera la nuance.

Toutes ces expressions ont bien souvent disparu du langage populaire, remplacées par des formules moins pittoresques il faut bien le reconnaître ; certains diront plus choisies.
N'est-ce pas un peu hypocrite ?
Après tout, personne ne pensait à mal en employant ce langage très réaliste.

En terminant cet exercice de vocabulaire probablement encore incomplet, je me demande si je ne me suis pas cassé le cul pour bien peu de choses.
A ceux qui me liront d'en juger.

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