Nous nous sommes étendus assez longuement
sur ce que nous appelons les fonctions intestinales. Nous ne nous
éloignerons guère du sujet en évoquant par le vocabulaire ce
que nous nommons pudiquement le postérieur et plus précisément
l'anus. Mais oui !
Des gens bien éduqués disaient le fondement.
Nous avons déjà rappelé que nos grands-parents et même nos
parents usaient d'un langage direct, souvent très imagé et qu'ils
ne se privaient pas d'employer le plus naturellement du monde des
expressions où l'on appelait un cul, un cul, équivalent
populaire de l'expression "appeler un chat, un chat".
D'ailleurs, il n'est pas toujours facile de comprendre pourquoi
on assimilait cette petite partie de notre anatomie à notre
personne tout entière.
Les expressions ont presque toujours un sens péjoratif. Pourquoi
?
Si on les trouve vulgaires ou même parfois grossières, on aura
tort. On restait poli, sans être obséquieux.
Je me souviens d'une vieille dame qui n'aimait pas les gens qui
vous faisaient une révérence à "cul ouvert". Avouons
que c'est très imagé, très évocateur !
Mais, revenons plus précisément à notre sujet.
D'un individu qui n'est pas très grand, on dit qu'il est haut
comme trois pommes et le trou du cul tout de suite. Evidemment,
il faut un peu d'imagination pour concevoir la réalité. On
plaindrait volontiers cet homme défavorisé.
Pour rester dans le même ordre d'idée, rappelons qu'autrefois,
dans les villages, on donnait un surnom à chaque individu ou
presque. On était rarement indulgent et les disgrâces physiques
étaient souvent à l'origine de ces surnoms.
Un pauvre homme aux jambes un peu courtes était un "bas-cul",
un autre "pète en bottes".
Mais, attention, si vous dites de lui que c'est un petit trou du
cul, cela change tout, il n'est plus sympathique.
Ce serait même plutôt un "fier cul" et si, par hasard,
on n'avait pas confiance en lui, ce serait un "faux-cul".
Il peut arriver qu'on dise de deux personnes qu'elles sont comme
"cul et chemise" ; c'est l'accord total.
S'il fait froid, on peut avoir l'air d'un "cul gelé",
c'est qu'en effet, il (ou elle) "n'a rien sur le cul".
Mais, s'il (ou elle) n'a rien à "se foutre sur le cul",
c'est que sa garde-robe n'est pas riche. En revanche, une
personne coquette et volontiers dépensière "se met tout
sur son cul", élégance d'abord.
Attention ! La jeune fille d'un milieu aisé ne doit pas épouser
un "cul nu", l'argent, ça compte.
Et celui qui n'est pas content n'a qu'à "tourner son cul au
vent".
Est-il besoin de rappeler qu'à la campagne les culs terreux
formaient une classe à part. Cela ne se dit plus beaucoup, sans
doute à cause de la disparition de cette honorable catégorie.
On dit d'un homme qu'il est un "peigne-cul". C'est très
péjoratif, mais il faut une certaine imagination pour comprendre
le sens de cette expression. Pourquoi un peigne ? ?
Une femme à la rancune tenace menace son mari de l'envoyer
dormir "à 'hôtel du cul tourné". J'ai l'impression
que l'expression est grivoise, on dirait même érotique(à l'envers).
Soyons sérieux ; à l'époque du réveil anticlérical, on
raillait les "culs bénis".
On se souvient que le trou du tonneau était fermé par une bonde.
Pensait-on à cela quand on menaçait un "gamin" désobéissant
de lui "bonder le cul" pour lui signifier qu'il allait
recevoir un coup de pied au derrière.
Ce qu'il y a d'amusant, c'est que cette partie de notre individu,
on la prêtait souvent aux choses.
On mettait le tombereau (ou la guimbarde) à cul.
On a bu la "goutte" en faisant "cul sec".
On pouvait se blesser sur un cul de bouteille.
Que faire d'un panier sans cul ?
A la fin du repas, on mange le dessert sur le cul de l'assiette
qu'on a retournée.
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