Chez le tabellion
Pour clore ce retour dans le passé où les
vieux mots nous ont emmenés, ces vieux mots qui très souvent
fleurent bon la terre, nous ne quitterons pas le terroir en
faisant une incursion dans le langage des hommes de lois,
particulièrement dans celui qu'ont employé les notaires.
Que de traces du passé nous laissent ces vieux actes dressés
par les tabellions quand on a la patience de les déchiffrer !
Ceux que nous avons trouvés nous ont parfois ramenés deux siècles
et demi en arrière.
Dans les extraits que nous donnons, nous avons respecté l'orthographe
dans toute sa fantaisie.
| Furent presens en leur personne Marie Anne Desjardins fille majeure, Jouissante de ses droits Genevieve Desjardins aussi fille soie disante majeure (1) aussy jouissante de ses droits Les dits Desjardins enfants et héritiers de déffunt J. Baptiste Desjardins, leur père commun demeurant ordinairement au lieu d'Ully Saint Georges. |
(1) à noter le peu de précisions de l'état civil qui n'était pas une institution officielle
| Pierre Lesueur, laboureur, et Margueritte Godefroy,
sa femme de luy, quant à ce duement authorizée ont par
ces présentes, vendue, ceddée, quitté, transporté, délaissé
(2) avec promesse de garantie de faire contre tout
trouble : douaire (3) éviction hypothèque et autres empêchements,
de ce jourd'hui et à toujours à Barthelemy... C'est à savoir : deux arpents onze verges (4)... |
(2) La formule vendu...délaissé était
parfois complétée par vendant, cédant, quittant, transportant
et délaissant.
(3) Douaire : biens assurés à la femme par le mari en cas de
survie
(4) La verge devenue la perche valait environ un demi are, l'arpent
un demi hectare.
| Joignant d'un bout à la seigneurie de Becquerel. |
| Un demi arpent appartenant aux dits vendeurs du propre de la ditte femme Lesueur, comme leur ayant été donné en faveur de leur mariage par leur contrat de mariage. |
| Mouvant (5) le relevant de la seigneurie d'Ully |
(5) Mouvance : état de dépendance d'un domaine par rapport au fief dont il relevait : la terre vendue payait les droits à celui qui représentait la seigneurie d'Ully qui dépendait de l'abbaye royale de St Denis.
| Les acquéreurs seront franc et quitte du passé |
| Cette vente faite moyennant la somme de cent vingt livres franc denier en la bourse des dits vendeurs, laquelle somme de 120 livres leur a été présentement comptée, nombrée et réellement délivrée de six livres et monnaye ayant cours. |
| Et a aussy été présentement payé vingt-quatre livres à la dite Riché par forme d'épingle (6) |
(6) épingle : cadeau fait par celui qui profitait d'un marché, ce qu'on donnait à une femme quand on vendait un bien qui lui était proche.
| Et a aussi été payé pour Epingle de la dite femme Lesueur..... dix livres... |
| Neuf verges de terre seeant (sise) au terroir de la Bresolle, tenant d'un bout à François Granger, à cause de (7) Marie Framerie, sa femme 12 verges de terre (douze) faisant hache (8) par le bout d'un côté à Claude Burgevin |
(7) à cause de sa femme : le bien "venait"
de sa femme
(8) Cette expression "faire hache" est
encore très fréquemment employée. Il y a lieu de distinguer la
hache rentrante de la hache sortante.
| Le dit Desjardins défaisant et consentant se défaire (9) |
(9) Il a vendu
| Quand à la dame Gabrielle Portier et la fille Marie Anne Desjardins ont fait chacun leur marque déclarant ne savoir écrire, ni signé (10) |
(10) Il faut noter que ce sont presque toujours les femmes qui ne savent pas signer ; la proportion d'hommes ne sachant pas signer est plus rare.
A propos d'un
contrat d'emprunt
(14 septembre 1856)
| Jacques François Desnoyelles soldat au 22ème régiment
d'infanterie de ligne en détachement à St Jean Pied de
Port (Basses Pyrénées), (11) Témoin M. Louis Martin, Directeur des postes aux lettres (12) |
(11) On voyageait grâce au
service militaire. ( pour ceux que le sort n'avait pas favorisés)
(12) Sans doute par opposition à "poste aux chevaux"
Les extraits d'actes de vente que nous avons cités datent de
1738 et 1758, c'est à dire sous l'Ancien Régime comme disent
les livres d'histoire.
Lisons maintenant des extraits d'un acte de vente établi sous la
Révolution en date du 28 frimaire 3ème année.
" Au nom de la nation " |
| " .....lesquels ont vendu, cédé, quitté, délaissé.....dès maintenant et pour toujours ".(13) |
| " acquéreur pour leui, ses hoirs(14) et ayant cause .....lesquelles pièces de terre sont vendues comme elles s'étendent et comportent (15) sans aucune garantie de la mesure de la contenance d'icelles " |
| " le vingt-et-un brumaire qui sera le jour de la St Martin d'hiver (16) mil set cent quatre-vingt quinze (ancien stile) " (17) |
| " En présence des citoyens Bernard Barron, perruquier (18) et Louis Depuille, tonnelier. |
(13) On retrouve la formule (voir
(2))
(14) hoir : héritier
(15) Dans un acte de vente récent (1970), on trouve : "Au
surplus que les dits immeubles existent, s'étendent, se
poursuivent et comportent avec toutes leurs aisances et dépendances."
La formule a été enrichie !
(16) Il s'agit du 11 novembre, date toujours en usage pour la
plupart des baux ruraux.
(17) En effet, on a oublié le calendrier républicain an III de
la république une et indivisible.
(18) C'est le nom donné au coiffeur ; la profession de tonnelier
a disparu aujourd'hui.
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