La lessive

Asseoir la lessive , couler la lessive, le charrier, dérougir, ces quelques mots méritent une explication.

Autrefois, la
lessive était un événement important de la vie domestique.
On ne la faisait que tous les 2 ou 3 mois, 6 mois même dans certaines maisons, quelques fois plus, ce qui explique la quantité impressionnante de linge que l'on trouvait dans les armoires familiales.

Tout d'abord, on fait "dérougir" le linge. Cela consistait en un savonnage à la main et un rinçage.

Puis, venait l'opération importante : "asseoir" la lessive.
On disposait d'un large baquet qu'on posait sur une "chaise à lessive" (à rapprocher sans doute asseoir et la chaise à lessive. Sur le fond du cuvier, on disposait des colliers d'os à moelle qu'on avait conservés du "pot au feu". On y ajoutait des racines d'iris et de saponaire, enfilées sur un bout de ficelle (pour parfumer le linge). Par dessus le lit des colliers, on étendait une toile épaisse sur laquelle on répandait une couche de cendres de bois. Nous passons sur la préparation de la cendre. On repliait la toile pour former une sorte de sac : "le charrier".

Ensuite, on emplissait le baquet du linge déjà dérougi, on l'arrosait d'eau qui, peu à peu, s'écoulait du baquet par un trou en partie fermé par un "bouchon de paille". Cette eau était transvasée dans une chaudière. Quand elle était suffisamment chaude, on en arrosait le linge de nouveau en utilisant le pot à lessive. L'opération se répétait pendant plusieurs heures : on "coulait" la lessive.

Enfin, le lendemain, on emmenait le linge au lavoir où il était abondamment rincé. Le travail durait souvent toute la journée. On mangeait sur place. D'ailleurs, on pouvait "faire du feu" au lavoir.

Le linge bien rincé était ensuite étendu, repassé puis rangé dans les immenses armoires en attendant la prochaine lessive. Les ménagères exigeantes passaient le linge "au bleu".

On se souvient de ces piles de draps si peu utilisés qu'on les retrouvait un jour avec des plis jaunis par le temps. Nous nous souvenons d'une grand-mère qui ne voulait pas avoir moins de cent paires de draps ; dans le trousseau, les chemises ne se comptaient que par douzaines.

Un jour, la lessiveuse "à champignon" vint bousculer les traditions de la lessive. Les grands-mères virent cela d'un mauvais œil. Ce n'était pas du travail sérieux ! !
Que diraient-elles des machines à laver !

D'ailleurs, pour avoir des précisions à ce sujet, il suffit de relire les vieux contrats de mariage avec la longue liste minutieuse des pièces composant le trousseau apporté par la future épouse.
Dans un contrat de mariage d'une famille très modeste, on note que la dame apporte en particulier quarante chemises estimées 65 F. (C'était en 1900.)

Précisons pour finir que ces impressionnantes piles de linge ne se trouvaient que dans les armoires de ceux qui jouissaient d'une certaine aisance.

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