On meurt à la maison
Monsieur Marcel
DEREBERGUE :
Aujourd'hui, mon cher Maurice, je crois
que nous allons mettre fin à nos bavardages familiers au cours
desquels nous avons rassemblé nos souvenirs qui ont tant de
points communs.
Après avoir suivi l'homme au cours de sa vie, nous voici au
terme du voyage puisque nous allons parler de la mort et de tout
ce qui l'entourait.
De nos jours, on termine presque toujours sa vie dans l'anonymat
d'un hôpital ou d'une maison de retraite.
Les obsèques (on ne dit plus l'enterrement) sont confiées à
une entreprise commerciale et tout est réglé facilement et
rapidement sinon financièrement.
Et puis la vie reprend vite.
Ne sentez-vous pas un abandon quasi total des traditions qui
faisaient que la mort était acceptée et qu'on en assumait
pleinement les conséquences.
Je dirais même que la mort faisait partie de la vie.
Qu'en pensez-vous ?
Monsieur Maurice
BAILLY :
Cela me paraît tout à fait évident.
Il n'était pas rare, en entrant dans une maison, de voir le
grand-père assis au coin du feu.
Les parents, voire même les grands-parents, restaient dans la
maison familiale, quel que soit leur âge ou leur état de santé.
Et ils y mouraient.
D'ailleurs, il faut reconnaître que leur présence donnait
parfois bien du souci à ceux qui en avaient la charge ; mais c'était
presque un déshonneur que d'envoyer ses parents mourir ailleurs
que dans la famille.
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