Le deuil

Monsieur Marcel DEREBERGUE :
Le lendemain, chacun avait repris sa tâche quotidienne. Mais le mort était-il oublié pour autant ?
Qu'en pensez-vous ?

Monsieur Maurice BAILLY :
On pouvait peut-être chasser le mort de son esprit, mais une expression courante nous rappelle qu'on "portait le deuil".

Les vêtements noirs s'imposaient absolument, le voile en particulier pour les femmes.

On avait même fixé les délais qu'on devait observer pour marquer ce deuil.
J'en cite quelques-uns pour exemple :
une femme porte le deuil d'un mari pendant 1 an 6 semaines ; un homme porte le deuil de sa femme pendant 1 an ; deuil d'un an pour les parents.

Toutefois, on fait une différence entre le grand deuil, les six premiers mois et le demi-deuil au cours duquel on peut porter du violet ou du gris.
Il serait indécent d'assister à certaines réjouissances pendant la période de deuil : mariages, bal, fêtes, etc.

Ne pas observer le deuil, c'était s'exposer à des commentaires malveillants.

De temps en temps, la messe du dimanche était dite pour le repos de l'âme du défunt.

Enfin, un an après le décès, on faisait dire la messe du "bout de l'an" et le deuil était pratiquement levé.

Autre coutume très observée : le lendemain d'un mariage, on assistait à une messe à la mémoire des morts de la famille.

Monsieur Marcel DEREBERGUE :
Vous êtes très au courant de toutes ces vieilles coutumes qui nous paraissent très lointaines aujourd'hui.
Mais j'ajoute cependant un détail qui montrera bien la rigidité des règles du deuil.

Les bijoux d'or étaient remplacés par des bijoux de jais, une pierre noire, notamment les boucles d'oreilles et les broches.
La chaîne de montre, elle-même, était remplacée par un cordonnet noir.
Je me souviens même que de vieilles femmes portaient définitivement ces bijoux.

Un dernier petit souvenir concernant l'observance du deuil dans ses moindres détails.
Pendant toute sa durée, on utilisait pour la correspondance un papier à lettres de circonstance ; le papier et l'enveloppe étaient entourés d'une bordure noire dont la largeur variait avec le degré de parenté du défunt.
D'ailleurs, cette coutume n'était pas rigoureusement observée par tout le monde, car c'était un peu un luxe.
Un coffret de carton contenant le papier et les enveloppes et qui porte encore l'étiquette du prix d'achat (remontant à près de 70 ans) confirme cette remarque.

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Les vêtements La cérémonie Le cortège
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