Les démarches
Monsieur Marcel
DEREBERGUE :
Oui, notre état d'esprit a changé.
Les contraintes acceptées autrefois ne le sont pas aujourd'hui.
D'ailleurs, soyons justes, la vie moderne a ses exigences.
Il y avait toutes sortes de démarches à effectuer auprès des
nombreuses personnes auxquelles on s'adressait dans ces pénibles
circonstances.
Et je pense au menuisier du village qui venait prendre les
mesures, qui fabriquait le cercueil, fournissait la croix et qui
se chargeait de la mise en bière, au fossoyeur car le caveau était
réservé aux gens aisés, au curé de la paroisse, au conducteur
du corbillard.
Monsieur Maurice
BAILLY :
Je crois que votre liste n'est pas
complète.
Dès que le mourant avait rendu le dernier soupir, on fermait les
volets de sa chambre.
Une femme spécialisée dans cette tâche venait faire la
toilette funéraire.
Vous serez très étonné quand je vous dirai qu'à Ully, cette même
femme aidait aux accouchements en l'absence d'un médecin ou d'une
sage-femme.
Il ne fallait pas non plus oublier de prévenir la prieuse qui
passait de maison en maison, répétant chaque fois sa formule
"Je viens vous prier à l'enterrement de Monsieur ou Madame
X tel jour à telle heure."
Une vieille femme dont le mari était fossoyeur était la prieuse
habituelle.
De méchantes langues disaient qu'elle aimait bien prendre un
petit verre quand on le lui offrait, ce qui arrivait souvent, si
bien qu'à la fin de sa tournée dans le village, elle avait bien
du mal à fixer l'heure et le jour exacts de la cérémonie.
On le savait et on se renseignait auprès de voisins mieux informés.
Un jour, ces braves gens durent cesser de travailler.
Pour les remercier d'avoir accompli une tâche plutôt ingrate,
le Conseil Municipal décida de leur accorder une concession
gratuite dans le cimetière.
Les lettres de faire-part étaient un luxe. On les réservait à
la famille ou aux notables du pays.
Monsieur Marcel
DEREBERGUE :
Si vous me le permettez, j'ajouterais
quelques détails à ce que vous venez de dire et qui montreront
bien à quel point la mort était un événement presque normal.
Tout d'abord, au chevet du défunt, brûlait une veilleuse ou un
cierge.
On veillait le mort jour et nuit ; les voisins, les amis
participaient à cette veillée funèbre.
Sur la table de nuit, on avait déposé une assiette avec un
rameau de buis qui trempait dans l'eau bénite.
Cela servait aux nombreux visiteurs qui venaient dire adieu à
celui ou à celle qu'ils avaient connu.
On se sentait un peu obligé de faire ces visites.
A la sortie de la maison, les réflexions étaient toujours les mêmes.
"Il n'a pas changé." disaient les uns.
"Il est mieux mort que vivant." disaient les moins
indulgents.
D'autres ajoutaient "Il est ben heureux à c't heure."
Vérité populaire sans doute.
J'espère n'avoir rien oublié qui mérite d'être noté et
concernant les derniers jours passés à la maison.
Rappelons que la cloche sonnait matin et soir jusqu'au jour de l'enterrement.
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