Le corbillard
Monsieur Maurice BAILLY
:
Moi non plus, je n'ai rien d'autre à
ajouter et je pense que nous allons maintenant quitter le
domicile mortuaire pour nous rendre à l'église, ce qui est
presque toujours le cas.
On a attendu l'arrivée du clergé (C'est l'expression qu'on
emploie.).
Les porteurs, souvent des personnes de bonne volonté, ont hissé
le cercueil sur le corbillard et accroché sur les côtés les
couronnes de perles offertes par la famille et les amis.
Les fleurs sont rares. Les couronnes sont tristes mais elles
dureront longtemps.
Aux quatre coins du corbillard, pendent de grosses cordes en
torsade terminées par un gland.
Chacune est tenue par un ami du défunt ; on appelle cela "tenir
les cordons du poêle".
En entrant à l'église, ces mêmes personnes tiendront les coins
du drap mortuaire.
Monsieur Marcel
DEREBERGUE :
Vous venez de parler du corbillard ; je
n'ai pas eu la patience de rechercher à quelle date le Conseil
Municipal avait décidé d'en faire l'achat.
Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il était très simple et ne
portait aucune de ces "décorations" de mauvais goût
qu'on trouvait souvent sur ces véhicules.
Sur les côtés de la caisse, il y avait une croix.
Lors d'un enterrement civil, on la cachait par un disque qui
tintait tout au long du parcours.
Il y a environ une vingtaine d'années, le Conseil Municipal dut
se résoudre à vendre ce corbillard. (On ne trouvait plus de
cheval pour le tirer.)
Toutefois, il nous en est resté quelque chose : ses deux belles
lanternes accrochées dans l'escalier de la mairie.
Je me souviens qu'il y avait souvent beaucoup de monde qui
assistait aux enterrements.
Monsieur Maurice
BAILLY :
Puisque vous venez de parler de notre
corbillard, qu'on me permette de raconter une petite anecdote.
Qu'on veuille bien m'excuser si je dis que je la trouve amusante.
En fait, elle illustre bien l'état d'esprit dans lequel on
vivait dans ce temps là.
Le corbillard était tiré par un vieux cheval qui appartenait à
un brave homme bien connu pour son prénom original : Charlemagne.
Un jour, à la saison des foins, notre "cocher" avait dû
interrompre sa récolte à cause d'un enterrement.
Quand tout le monde fut entré dans l'église, il détela son
cheval, laissant là le corbillard pour aller rentrer une
charrette de foin.
Malheureusement, quand la messe fut terminée, ce brave
Charlemagne n'était pas revenu.
Et comme le curé lui en fit le reproche, il l'accusa d'avoir mis
moins de temps que d'habitude pour dire sa messe.
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