La cérémonie

Monsieur Marcel DEREBERGUE :
Si vous le voulez bien, nous allons entrer dans l'église ; vous m'avez dit que pour le jeune enfant que vous étiez, cela constituait un spectacle.
En grandissant, vous avez sans doute gardé des souvenirs plus précis.

Monsieur Maurice BAILLY :
Vous avez raison d'insister sur ce point.

En effet, je fus vite frappé par le fait que la cérémonie n'était pas toujours la même.
C'est qu'il y avait trois classes qui correspondaient à trois services différents.
Jugez plutôt :

Pour la première classe, le corps était déposé au pied de l'autel ; les hommes de la famille prenaient place dans les stalles de droite, les femmes dans les stalles de gauche.
Des tentures entouraient le chœur.

Pour la cérémonie de deuxième classe, le corps était plus éloigné de l'autel, mais la famille occupait les stalles comme précédemment.
La moitié du chœur seulement avait de tentures.

Quant au défunt de troisième classe, on le plaçait sous le clocher et les familles occupaient les premières places de la nef.
Plus de tentures ; une simple nappe noire recouvrait l'autel.

J'avoue que cette inégalité devant la mort me choquait un peu.
On payait la cérémonie en conséquence.

Précisons encore que quelle que soit la classe, les hommes se plaçaient à droite dans la chapelle de saint Nicolas, les jeunes filles à gauche dans la chapelle de la Vierge et les femmes dans la nef. Elles étaient plus nombreuses.

Le sacristain, avec sa hallebarde, réglait la cérémonie.

Encore une coutume aujourd'hui disparue ou plutôt un rite : l'offrande.
Avant de bénir le corps, on devait poser les lèvres sur la patène que le prêtre présentait à chacun. (Les mécréants disaient respectueusement qu'ils ne voulaient pas embrasser le fer à repasser.)
Ensuite, on déposait une pièce de monnaie sur un plateau tenu par un enfant de chœur.

Monsieur Marcel DEREBERGUE :
Merci pour ces renseignements précis que nous devons à votre mémoire sans faille.

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