La moisson
La moisson constitue le gros travail de l'année
; on pourrait même dire que c'est le grand événement de l'année.
Commencée en juillet, elle se prolonge souvent en septembre (voir
plus loin la date de la fête patronale).
Comme tout le travail se fait à la main, on mobilise toute la
main d'uvre possible en complément de celle que
fournissent déjà les ouvriers de la ferme. On reçoit même des
saisonniers venus du Nord ou de Belgique.
Les faucheurs qu'on appelle "calvanier" ou "calvainier"
effectuent le travail le plus important. Ils utilisent la
faucille à dents pour "scier" les céréales,
principalement quand elles sont versées. Le Sieur Eloy MANSARD
se plaint du "vol de vingt et une javelles soyées dans sa
pièce". Soyer est un vieux mot qui signifie couper à la
faucille (à dents fines). On dira encore longtemps "soyer
de l'herbe". Le volant, sorte de grande faucille, remplace
parfois la petite faucille, mais la faux est l'outil le plus
employé.
La
voiture à bascule est relativement
récente ; c'est un peu une guimbarde en réduction. Elle peut la
remplacer grâce à des "clognes" ; on peut également
l'utiliser en tombereau, car elle peut aussi être "mise à
cul".
On utilise la faux à armature de bois (le gavier) dont on affute
la lame avec une "queusse" (pierre à aiguiser). Cette
queusse est trempée dans l'eau contenue dans une longue corne de
buf, le coffin, accrochée à la ceinture.
De temps en temps, il faut "rebattre" la faux, c'est à
dire amincir le tranchant. Pour cela, on utilise une petite
enclume spéciale et un marteau.
En fauchant, on forme des andains ou des javelles (demi-bottes).
Les gerbes sont liées avec des "lians" de paille de
seigle.
Les ouvriers flamands employés comme saisonniers ont fait connaître
la sape, une sorte de petite faux au manche court ; un crochet
tenu de la main gauche (le picot) rassemble les épis pour en
faire une javelle.
Quel que soit l'outil employé, le fauchage et surtout le "soyage"
sont des travaux très pénibles.
Les journées sont longues, du lever au coucher du soleil, les
repas sont pris dans les champs.
Ces travaux sont payés à l'hectare :
1,75 hl de blé ou méteil à l'hectare,
8F par hectare pour l'avoine fauchée,
14F par hectare pour l'avoine sciée.
Un faucheur peut couper 1 arpent à sa journée.
Les gerbes liées sont ensuite placées en dizeaux (diziaux) en principe 10 bottes. Une gerbe avec les épis
vers le bas forme une sorte de toit au tas.
Sur la dernière guimbarde chargée de gerbes, on plante le
"mai" qui annonce la fin de la moisson. C'est une
grande branche d'arbre ou même un petit baliveau qu'on a décoré
avec des fleurs et des bouquets d'épis. Ce mai est ensuite
accroché à l'entrée de la ferme grâce à deux fers à cheval
scellés dans le mur.
On peut les voir encore aujourd'hui. La tradition du mai disparut
avec l'emploi de la moissonneuse batteuse.
La fin de la moisson est fêtée à la ferme par un plantureux
repas que le patron offre aux moissonneurs : c'est "la passée
d'août".
Puisque nous avons utilisé le mot, précisons que la guimbarde
est la plus grande voiture utilisée à la ferme. Elle sert
exclusivement à transporter les récoltes de céréales. Le
volume de la caisse est agrandi par des "clognes".
Charger une guimbarde ne s'improvise pas. Il faut que la voiture
soit parfaitement équilibrée afin que le "liminier"
puisse supporter la charge.
Les bottes sont transportées à la ferme où elles seront entassées
dans les granges ou bien on en fera des meules qu'on laissera
dans les champs jusqu'au battage.
Le grain est battu au fléau dans la grange, à un endroit où le
sol est dur (l'aire). C'est le travail des "batteurs en
grange". Après battage, le grain est ramassé et posé sur
un van d'osier pour en faire partir la "menue paille" (les
balles). Il est ensuite trié à l'aide d'un crible constitué d'une
peau de porc percée de trous.
Il va sans dire que le glanage est largement pratiqué. Il faut y
ajouter le râtelage et le chaumage car "ils sont la propriété
du pauvre, du vieillard, des infirmes, des femmes indigentes qui
sont chargées d'enfants ; les valides, ceux qui ont des
ressources qui les mettent en dessus du besoin doivent en être
exclus .
On ne pourra glaner qu'après l'enlèvement des récoltes ; défense
même de traverser une parcelle couverte d'andains ou de javelles.
De même, nul ne pourra glaner ou râteler, ni avant, ni après
le coucher du soleil et sans être porteur d'un certificat du
maire ; enfin, le glanage ne pourra se faire qu'en présence du
ou des gardes champêtres.
Il ne faut pas que l'importance de la culture des céréales nous
fasse oublier quelques autres activités agricoles non négligeables.
La multiplication des pommiers à cidre a suivi la disparition
progressive des vignes qui existent encore dans les communes
environnantes. Il n'en reste pratiquement plus sur notre
territoire.
Si on remonte une vingtaine d'années en arrière, on apprend que
"les principaux vignerons d'ULLY se sont rassemblés à l'effet
de nommer deux hommes de troupe auxiliaires pour aider aux gardes
champêtres de la commune à garder les vignes jusqu'à la récolte".
En même temps, le conseil municipal donne son avis que "la
Banque des vendanges sera ouverte le samedi 28 septembre pour la
présente année 1806". Banque est sans doute une déformation
du mot "Ban" des vendanges qui est la proclamation de l'ouverture.
On fabrique du cidre qu'on vend jusqu'à CREIL et SENLIS. On
compte 15 pressoirs dans la commune. ULLY produit une assez
grande quantité de fruits dits "à couteau" qui sont
expédiés jusqu'à PARIS.
Les vieilles variétés que nous avons connues et qui sont
maintenant en voie de disparition, hélas étaient très répandues
: pomme de salé, pomme de cave (de longue conservation), pomme d'août,
reinette dorée, etc.
Rien de particulier en ce qui concerne l'élevage ; les vaches
appartiennent à la race flamande et à la race normande. Les
troupeaux de moutons sont importants. On signale qu'un
cultivateur d'ULLY, Monsieur DURAINCY, a introduit une race de métis,
aussi renommée pour sa viande que pour sa laine fine.
Ce
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