A propos des terres et des bois
Les anciennes mesures

Voyons un peu maintenant quelles sont les activités de cette population relativement nombreuse et vivant sur ce grand territoire.

Il est bien évident que les ressources sont tirées, en grande partie, du travail de la terre. Cette terre est très inégalement répartie, mais tous les habitants ou presque possèdent un lopin de terre. Les partages successifs dus aux héritages font que le territoire est très morcelé.

Il compte plus de 10000 parcelles ; quelques dizaines seulement ont plus d'un hectare.
On compte aujourd'hui 6600 parcelles, mais la comparaison n'a qu'une valeur relative car, si les terres agricoles ont été remembrées, les bois sont restés très divisés. Il faut aussi tenir compte de la partie de territoire attribuée à la commune de LA CHAPELLE SAINT PIERRE, après le rattachement du hameau de BOIS MOREL à cette localité.

Les noms de lieux-dits gardent parfois la marque de l'ancienne division parcellaire.
Exemple :
LES CARREAUX SAINT GEORGES (pièces plus ou moins carrées), LES LONGUES HAIES (longues et étroites parcelles aboutissant à un chemin). On disait qui " aboutent ".

Les parcelles sont le plus souvent limitées par des bornes de grès, pierre très dure qui vient des bois du TILLET.

Dans les bois, les limites sont marquées également par des bornes, mais aussi par de petits fossés, des talus (on dit " rideau ").

A ce propos, signalons que le fossé est toujours mitoyen et que l'usage veut que le "rideau" appartienne à la parcelle située au-dessus.

Rappelons aussi la coutume amusante de la "jambe pendante". Les marques des limites sont parfois difficiles à retrouver aujourd'hui. Les indications qu'elles fournissent sont pourtant bien utiles, et que de travail pour les avoir réalisées !
Quelquefois, en abattant le bois, on laisse en limite un "éperneau" (mot d'origine picarde qui désigne un jeune arbre coupé à environ 1 m du sol). Un pied d'épine est aussi un bon repère.

Ce souci de conserver les limites des parcelles montre bien l'intérêt que l'on porte à la propriété foncière en général, mais aussi au bois lui-même. C'est lui que l'on brûle dans la grande cheminée et qui chauffe le four à pain.

Par crainte des incendies, la visite des fours et cheminées est régulièrement effectuée par un maçon payé par la commune.
Il reçoit, à cet effet, une indemnité de quinze francs par an.

Ce bois de chauffage si utile, on le mesure en codes, ce qui équivaut à un peu plus de 4 stères d'aujourd'hui (4,38 stères exactement). C'est un tas de 8 pieds sur 4, en morceaux de 4 pieds.
Un pied (0,34m) vaut 12 pouces (0,027m).
A FOULANGUES, la corde ne représente que 3,88 stères.

Les branches qui restent après façon du bois de chauffage sont disposées en tas : c'est un "ramier". C'est avec ces branches qu'on fera les bourrées (vieux mot français pour désigner le fagot) ; les plus gros morceaux, c'est le parement. On fait les fagots sur un "hardot" ou "hardiot", sorte de châssis de bois. C'est une longue tige de noisetier qu'on tord sur elle-même pour la rendre souple.

Le bois de chauffage (on dit bois decorde) comprend des morceaux de bois fendus et la "billonnette" d'un diamètre plus petit.
Il faut fendre le bois car chacun sait qu'un morceau de bois rond s'allume difficilement.

A noter que la corde en tant qu'unité de mesure est toujours employée :

1m x 4m x 1m ou 4 stères

Dans l'ensemble, on estime que les terres sont de qualité moyenne.
Les meilleures sont situées sur la "Montagne", Montagne de LALUET, Montagne de CAVILLON.

Les Coutures (couture de COUPIN, de JOUSIN) qui désignent les premières terres de culture sont très appréciées.

Les superficies s'évaluent officiellement en centiares, ares et hectares, mais les anciennes mesures sont plus couramment employées :

L'arpent : 51 ares environ (on lui attribue 50 ares encore aujourd'hui).

La mine : 25,5 ares

La perche : 0,51 ares (On disait encore récemment la verge.)

Ces mesures sont différentes de celles qui sont en usage dans les villages voisins. C'est une source fréquente de chicanes.
A propos de ces mesures locales, nous ne pouvons résister au plaisir de résumer un acte d'échange datant de 1810.
"Moy Eloy MANSARD échange à perpétuité et pour toujours une pièce de terre de 3 verges (ancienne mesure) lieu-dit LA BRESOLLE, contre la jouissance dès ce jour de la quantité de 2 verges et demie de terre lieu-dit LE PONTINT, et estimée 9 livres, appartenant à Jean-Baptiste NAQUET".
"Ce que dessus nous sommes demeurés d'accord et contents".

La répartition des terres est la suivante :

 

1840 (avant la séparation de BOIS MOREL)

Aujourd'hui 1983

Terres labourables

1520 ha

1270 ha

Jardins

44 ha

23 ha

Bois

205 ha

347 ha

Prés et pâturages

30 ha

quelques ha

Friches

20 ha

10 ha

On ne tient pas compte de la surface des agglomérations.
Nous avons déjà dit que la répartition de la propriété est très inégale.
Notons aussi que beaucoup de terres appartiennent à des personnes étrangères au village.

Ce qui est relativement facile à connaître, c'est l'importance des principales exploitations agricoles. En effet, les cultivateurs, propriétaires ou fermiers, ont le droit d'utiliser la vaine pâture, proportionnellement à la superficie de leur exploitation.

Le conseil municipal fixe le nombre de moutons que chaque cultivateur pourra y conduire. C'est ainsi qu'on trouve par ordre d'importance :
Monsieur MARTIN : 150 ha
Monsieur FALIZE : 114 ha
Monsieur DURAINCY : 90 ha
Monsieur BOULENGER : 50 ha
Monsieur DUMONT : 27 ha
Monsieur DROUET : 24 ha
Monsieur SERRAIN : 12 ha
etc.

Ajoutons une précision à propos de la vaine pâture.
Il s'agit du Marais de la Ville (Ville = village) et du Marais de COUPIN où le pâturage est libre dans les conditions déterminées plus haut.
Mais, en 1833, le conseil municipal décide que ces deux grandes parcelles seront louées et ordonne à Monsieur le Maire "de faire annoncer à son de caisse qu'aucun habitant ne pourra se transporter sur lesdits Marais pour pâturage de bestiaux".
Et effectivement, le Marais de la Ville est loué pour 167,97 F et celui de COUPIN pour 168 F.

Mais, cette location ne sera qu'une mesure provisoire. En effet, dans la séance de 1835, le conseil municipal décide "de faire des plantations de peupliers suisses dans les marais communaux, car ces plantations contribueront dans la suite à diminuer les charges communales".

Le devis des travaux et des plantations s'élève à 709F.
Ces arbres seront abattus en 1866. D'ailleurs, pendant longtemps encore, l'herbe sous les plantations sera vendue aux enchères.

Ainsi, les peupliers que le conseil municipal vient de faire abattre, dans le Marais de la Ville (1982) représentent la quatrième ou cinquième génération d'arbres qui poussent sur ce terrain. La dernière vente s'est élevée à 150000 F (15 millions de centimes) ; ce n'est qu'une partie de la plantation. Le prix de revient du remplacement des arbres abattus est de 15000F. Merci à Monsieur le Maire de l'époque, Pierre Georges DELAFALIZE, de nous avoir tracé la voie.

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