On cultive, on récolte
L'activité agricole est surtout consacrée
à la culture des céréales.
ULLY occupe le premier rang dans le canton pour leur production.
Voici un tableau récapitulatif concernant ces cultures, pour une
année moyenne, récolte totale et rendement par hectare,
chiffres établis d'après une statistique cantonale.
Culture |
Récolte totale |
Quantité de semences |
époque des semailles |
Rendement moyen à l'hectare |
| Blé (appelé froment) | 4200 qx |
2,2 qx |
10/30 oct. |
13 à 15 qx |
| Méteil | 1600 qx |
1,7 q |
10/30 oct. |
12 à 14 qx |
| Seigle | 1200 qx |
1,5 q |
25.9/15.10 |
12 à 14 qx |
| Avoine | 6200 qx |
1 q |
mars |
15 qx |
Il sera facile de faire une comparaison
avec les rendements actuels.
On cultive à peu près exclusivement le blé "sans barbe".
Signalons qu'en 1806 on avait volé au Sieur DELAFALIZE,
cultivateur, huit gerbes de blé barbu blanc en javelles. Le méteil
est un mélange de 3 parties de froment et d'une partie de seigle.
On récolte surtout l'avoine noire ; elle occupe plus de
superficie que le blé, car c'est la base de l'alimentation du
cheval.
Avant la dernière guerre, on comptait plus de 200 chevaux à
ULLY.
Il faut ajouter la culture des pois ou bisaille, qui sert de
nourriture aux animaux.
On cultive également la betterave fourragère. Les variétés de
sucrerie, de culture récente, ne sont pas encore utilisées.
On cultive la pomme de terre qui a pris une certaine importance
dans l'alimentation depuis une vingtaine d'années seulement.
On compte 4 hectares de chanvre qui n'a qu'un usage quasi
familial.
Il est cultivé sur de bonnes terres semblables à celles des
jardins et appelées "charreyeuses". Après l'arrachage,
des tiges sont laissées à l'air pendant environ trois semaines.
Puis, le rouissage se fait en plongeant les tiges dans l'eau
durant une dizaine de jours. Après séchage, ces tiges sont broyées
avec un battoir. Ensuite, on sépare la partie textile au moyen d'un
moulin. On utilise la grosse filasse pour faire des cordages : le
"châble" (et non le câble) qui maintient les gerbes
sur la guimbarde chargée haut, et les longes avec lesquelles on
attache les bestiaux.
Le Sieur Charles GALLON s'est plaint au maire qu'on "lui
avait volé sa jument et sa torche presque neuve (selle bourrée
de paille qu'on mettait sur le dos des bêtes de somme), son
licol et sa longe de chanvre."
La filasse plus fine est convertie en toile de ménage (Nous en
avons retrouvé un morceau dans une armoire de famille.).
Huit habitants exercent la profession de tisserand. L'un d'eux
est déclaré tisserand de toile. Le tissage n'est pas la seule
occupation de ces gens.
Il y a une trentaine d'années (vers 1800), on a introduit dans
la région la culture des prairies artificielles : luzerne, trèfle
(blanc et incarnat), sainfoin qu'on appelle bourgogne.
La terre n'est plus travaillée qu'exceptionnellement à la main.
On utilise la charrue à "tourne-oreilles" tirée par 3
chevaux (quand on les possède).
Quelques fermes ont encore un spécimen de cette charrue. Le
travail est complété avec la herse et le rouleau, herse à bâti
en bois. Bien entendu, les engrais chimiques sont encore inconnus,
ce qui explique en partie les faibles rendements.
On utilise le fumier de ferme : 18 voitures à 3 chevaux par
hectare.
Il s'agit vraisemblablement du tombereau.
C'était la voiture la plus utilisée ; il servait à transporter
le fumier et les betteraves notamment. Pour le décharger, on
pouvait le "mettre à cul".
Le parcage des moutons, très nombreux, donne un excellent
appoint de fumure. On compte au moins 6 bergers dans le village. Le berger est un personnage original et qui mérite qu'on
parle un peu de lui.
A la ferme, il occupe une place à part, due à l'importance de
sa tâche et à la vie qu'il mène. Il a seul la responsabilité
d'un troupeau qui représente un gros capital (et cela compte !)
Il doit veiller à la santé de ses bêtes (attention au piétin,
à la naissance des agneaux). Il assure souvent seul la tonte des
brebis. La solitude caractérise sa vie. Tous les jours, il mène
son troupeau paître dans les champs. Ses chiens l'aident à le
conduire et sont ses compagnons. Souvent, ils lui appartiennent.
Il n'oublie ni son pliant, ni son long parapluie de toile bleue
qu'il est seul à utiliser. Il tient à la main une longue canne
taillée dans une tige de bois dont il a gardé une des "fourches"
à l'extrémité. Elle lui sert à attraper un mouton par une
patte arrière.
Quand les beaux jours reviennent, il ne ramène plus le troupeau
à la ferme. Celui-ci reste dans les champs. La nuit, il est
enfermé dans un "parc" limité par des éléments de
barrière à claire-voie que l'on déplace facilement chaque jour.
Les moutons y trouvent leur nourriture de même qu'ils apportent
au sol une fumure de qualité (C'est le parcage que nous avons
mentionné plus haut.). Mais, le troupeau a une trop grande
valeur pour qu'on l'abandonne la nuit. On a apporté dans le
champ une cabane en bois, montée sur des roues et traînée par
un cheval. C'est là que le berger passera la nuit. Nos modernes
caravaniers savent-ils que le berger fut un précurseur ?
Malheureusement, le métier de berger avait trop de servitudes
pour séduire. C'est une des raisons pour lesquelles les
troupeaux ont disparu peu à peu de notre région.
Afin de laisser la terre se reposer, on pratique la jachère (absence
de culture pendant un an) sur un sixième environ des terres
labourables, ce qui est beaucoup. La terre est néanmoins "travaillée".
Les mauvaises herbes sont particulièrement nuisibles aux récoltes.
On ne les détruit qu'imparfaitement à la main. Citons les
principales : le chardon, la raveluche (sanvre, sanve ou moutarde),
le coquelicot, le vesceron (ou vècheron), le chiendent, le
liseron (écrit lizeron). La cuscute s'attaque à la luzerne, c'est
une plante parasite.
On redoute particulièrement le chardon dont la graine se
disperse facilement dans le vent. On le coupe dans les céréales
quand elles sont en herbe, à l'aide d'une petite lame fixée au
bout d'un manche ; c'est l'échardonnette. Souvent, plusieurs
personnes travaillent en ligne pour effectuer cette besogne
longue et fastidieuse.
Ce
site a été créé par Marie-Rose KOECHLIN.
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