L'homme au travail :
L'ouvrier agricole, l'artisan

La grande activité agricole explique l'importance de la main d'œuvre employée directement à la ferme ou étant en relation avec le travail de la terre.

C'est pourquoi on compte un grand nombre de charretiers. C'est de loin la profession la plus représentée. Le charretier exerce un véritable métier.
Il porte son fouet autour du cou, ce fouet qu'il sait faire claquer bruyamment pour exciter les chevaux.

Dans les exploitations importantes, il y a un "premier charretier".
Les ouvriers agricoles mangent tous à la ferme. On nous a raconté que lorsque les charretiers étaient réunis pour le repas autour de la grande table, c'est le premier charretier qui était servi d'abord. Dès qu'il avait fermé son couteau pour le mettre dans sa poche, c'était le signal de la fin du repas et les autres charretiers devaient quitter la table.
Ceci montre bien l'importance et l'autorité du premier charretier. Il avait la confiance du patron.

Dans le village, on compte deux charrons, deux maréchaux-ferrants.
L'un d'eux, le sieur GONTIER, a reçu, il y a une vingtaine d'années, un mandat de 25 F "pour un ouvrage de son métier", une croix qu'il a posée sur le clocher de l'église.
Ajoutons encore un confectionneur de bâches, des jardiniers, deux meuniers (nous en parlerons plus longuement par la suite), quatre maçons, deux tailleurs (l'un se nomme tailleur d'habits), un colporteur.

N'oublions pas plusieurs scieurs de long, un tonnelier, deux couvreurs en chaume, plusieurs careilleurs (carriers), un bourrelier, plusieurs tisserands (en toile, en calicot, en mérinos).
Ces tisserands ne travaillent pas pour leur compte. Ils fournissent leur travail à un homme qui se nomme fabricant, c'est probablement lui qui gagne le plus.

Ajoutons encore un tourneur sur bois, quelques tabletiers (brosses et boutons) et plusieurs batteurs en grange.
La première machine à battre sera la "piétineuse". C'est un cheval qui la fait fonctionner. En marchant sur des rouleaux, il actionne le système de battage.
Plus tard, viendra la batteuse avec sa locomotive à vapeur ( la "batterie" comme on la nommait).

A côté de tous ces artisans ou ouvriers, existe un grand nombre de gens que l'on désigne sous le nom de manouvriers (on dit aussi manœuvriers).
Ils n'ont aucune qualification professionnelle comme on dirait aujourd'hui. Ce sont souvent des ouvriers qui travaillent à la journée. On dit d'ailleurs qu'ils "vont en journée". Ils sont employés à toutes sortes de travaux, aussi bien dans l'agriculture que chez les artisans.
Enfin d'autres personnes sont employées à demeure dans les fermes (l'homme de cour par exemple) ou dans certaines familles aisées.On les appelle tout simplement des domestiques.

On peut noter qu'il n'y a pas de perruquier à Ully (c'est ainsi qu'on appelle le coiffeur).
Cependant, un homme coupe les cheveux et "fait la barbe" en dehors des heures de son travail régulier. C'est une tradition qui a longtemps été conservée.

Une statistique cantonale nous indique que les professions de charretier manouvrier, cultivateur, berger, carrier, meunier et garçon meunier, tailleur d'habits, couturière occupent beaucoup de gens.
Elle nous signale aussi l'existence de certains métiers aujourd'hui disparus : blâtier (marchand de blé sur un marché), cordier, sabotier, serger (du nom de l'étoffe), taillandier (fabricant d'outils propres à tailler pour les charrons, charpentiers, etc.). Nous n'avons pas trouvé trace de ces artisans à Ully.

Revenons à nos moulins pour un instant. Ces moulins ne peuvent tourner régulièrement toute l'année car le mauvais état des routes ne permet pas un écoulement facile des produits.

Le moulin "d'en bas" qui a succédé à un autre moulin dit le "Moulin rouge" (à rapprocher du lieu-dit les Prés Rouges) a une chute de 4 m.
Le propriétaire, nous l'avons dit, n'a pas toujours de quoi alimenter son installation. Aussi, pendant une partie de la journée, il loue la force à de petits artisans du coin. C'est ainsi que l'aïeul de notre ami Maurice BAILLY, qui habitait CAUVIGNY, fabriquait là des objets en corne : manche de couteau, tire-bouchons, etc. C'étaient de très beaux objets.

Le moulin "d'en haut" que les anciens ont vu fonctionner était la propriété des Dames de SAINT CYR. Il fut vendu sous la Révolution. Il appartient maintenant (1830) à la famille BUQUET.
Il a une chute de 5,65 m., ce qui est beaucoup compte tenu de la proximité de la source qui alimente le ruisseau, la Cire (nous disons le Rû).
Il dispose de deux paires de meules ; sa roue a un mètre de largeur.

Les deux moulins emploient chacun trois personnes. Ils sont moins importants que la plupart des autres moulins du canton.
Le moulin "d'en bas" est plus actif : 4600 hl contre 3100 hl au moulin "d'en haut" qui ne travaille que pendant sept mois de l'année.

A propos du Moulin BUQUET, signalons qu'en 1820 le maire d'ULLY décida de "faire exécuter des travaux à une fontaine publique afin d'y établir un lavoir commun".
Le Sieur BUQUET, meunier, voulut s'opposer à ce projet qui selon lui "nuirait à son usine". Mais, une décision du Préfet déclara que "le sieur BUQUET n'était pas fondé dans ses prétentions et que le Maire d'ULLY était autorisé à réaliser ce lavoir".

Il s'agit, bien sûr, du lavoir qui a malheureusement disparu pour faire place à la première station de pompage de l'adduction d'eau.

Le bassin du
vieux lavoir où jaillit la source est resté à l'intérieur du bâtiment actuel.

Nous pensons que c'est avec une certaine nostalgie que les anciens d'ULLY liront ces lignes qui leur rappelleront cet endroit si pittoresque et dont il ne reste plus qu'un nom de rue.

Finis les longs bavardages des femmes agenouillées dans le "barrot" garni de paille, pendant qu'elles frottaient le linge sur la pierre usée ou qu'il se rinçait dans l'eau transparente, retenu par une perche de bois, bavardages interrompus seulement par le bruit du battoir sur le linge ruisselant d'eau claire.

Les pierres de démolition du lavoir servirent à la construction du château d'eau de LA CHAPELLE SAINT PIERRE.

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