Ully Saint Georges

En 1919, les enfants de mon patron décidèrent d'aller s'installer en France. Ils m'offrirent de les suivre. Je n'eus pas beaucoup d'hésitation, je les connaissais depuis toujours, et puis la vie ne pouvait pas être plus dure qu'ici.

Voilà comment je me suis retrouvé charretier dans cette grande et belle ferme, 120 hectares de cultures variées avec une importante écurie de 12 chevaux, 3 charretiers, donc 3 attelages de 3 à 4 chevaux. Il faut savoir qu'un charretier avait ses chevaux qu'il soignait et qu'il conduisait. Il ne changeait pas d'attelage. Chaque cheval avait son nom : Carabi, Pierrot... qu'il connaissait bien, d'ailleurs ce nom était officiel.
Je vous ferai peut-être sourire en vous disant qu'un vrai charretier aimait ses chevaux.

Je craignais d'être un peu dépaysé en arrivant à Ully, mais il n'en fut rien ; le travail était le même, et puis nous avions trouvé dans le village quelques familles flamandes venues elles aussi s'installer en France. Les Français nous avaient bien accueillis. Les jeunes gens se fréquentèrent vite sans histoire. Il n'en reste pas moins vrai que le travail restait parfois dur et on dormait bien la nuit venue.
Jusqu'à mon mariage, je couchais dans l'écurie. Je me souviens que parfois la patronne me disait "Les chevaux ont fait beaucoup de bruit cette nuit.". Je n'osais pas dire que je n'avais même pas entendu les coups de sabots des chevaux dans les bat-flanc.

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