La retraite
Et maintenant, me direz-vous,
pourquoi avoir raconté cette histoire ?
N'est-elle pas celle de beaucoup d'ouvriers agricoles ?
Pas tout à fait. D'abord parce qu'elle est celle d'une longue
vie exemplaire tout entière consacrée au travail, et acceptée
tout naturellement.
Et puis il y a autre chose, car notre ami Camille ne nous a pas
tout dit.
Quand son patron dut "céder" (vendre son exploitation),
il demanda à son successeur de lui promettre de garder Camille
jusqu'au jour où celui-ci prendrait sa retraite ; un engagement
sur parole et qui fut tenu.
Mais le jour du grand départ, le jeune patron, homme de la terre
lui aussi et fort compréhensif, comprit que, pour Camille, ce départ
était un déchirement. Alors, il lui proposa de venir tous les
jours à la ferme pour s'occuper des lapins qu'on élevait dans
les clapiers.
Et c'est ainsi que depuis bientôt 20 ans, Camille vient tous les
jours à la ferme pour nourrir les lapins. Qu'il y vienne encore
longtemps !

Ce n'est pas médire que de
rappeler que les gens de la terre étaient durs envers leurs
ouvriers comme ils l'étaient souvent envers eux-mêmes. On
appelait plus facilement le vétérinaire que le médecin.
Evoquer la vie d'un homme, d'un homme tel que Camille, chez des
paysans un peu différents des autres, avec cette fidélité peu
commune, n'était-ce pas une belle histoire qui méritait d'être
racontée ?
Marcel Derebergue
Ully Saint Georges, 1988.
Ce
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