Les meules

Une partie de la récolte restait dans les champs sous forme de grosses meules rondes comme des tours pointues et trapues.

L'hiver, on la ramenait à la ferme quand la
"batterie" venait s'installer pour quelques jours dans la cour.
Ce serait trop long de vous raconter une journée à la "batterie". Ce sera pour une prochaine fois.

Je préfère vous parler des meules ; c'était mon travail de placer les bottes pendant que deux aides "fourchaient" d'autres bottes sorties de la guimbarde.

Après avoir fixé l'emplacement de la meule par rapport à un chemin, c'était très important pour l'assurance, on plantait un jalon qui serait le centre de la meule.
On traçait un cercle de 6 m de diamètre, rarement plus, avec un cordeau.
On étalait ensuite un lit de paille sur le sol pour que les bottes ne soient pas posées "à même" la terre.
On commençait à "tasser" les bottes d'abord dressées autour du jalon, puis de plus en plus inclinées au fur et à mesure qu'on se rapprochait de l'extérieur, les épis toujours posés sur le "
cul" de la botte précédente. Et l'on continuait ainsi jusqu'à la hauteur du "cordon" à partir de laquelle on rétrécissait le diamètre pour former le toit pointu et aussi régulier que possible. Il fallait surtout "bomber" de plus en plus au centre ; sinon la meule se serait creusée au lieu de prendre un peu de ventre.
J'étais fier des meules que je faisais car elles avaient belle allure.

Quand les travaux de la moisson étaient terminés, on couvrait la meule. On posait sur le toit une épaisse couche de paille qu'on maintenait par des cordes attachées à des piquets qu'on plantait dans les bottes serrées. On se servait des "bouts" de la ficelle qui liait les gerbes de la moissonneuse-lieuse et qu'on récupérait au battage.
On savait faire des économies.

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