Si vous traversez le village d'Ully Saint
Georges au début de la matinée, vous pouvez rencontrer dans la
grand'rue un vieil homme courbé par l'âge, mais qui marche
encore d'un bon pas en s'aidant d'une canne.
Il vient de chez lui et s'en va à la grande ferme près de l'église,
l'ancienne ferme seigneuriale qui offre encore à la vue du
passant une magnifique grange dîmeresse flanquée d'une tour.
Les piliers du porche d'entrée ont encore à leur pied les
grosses bornes chasse-roues qui les protégeaient des atteintes
des lourdes voitures aux roues cerclées de fer.
C'est là que je rencontre Camille. Après nous être adressé un
amical bonjour, nous échangeons quelques paroles concernant le
temps qu'il fait ou qu'il va faire, et aussi se rapportant aux
petits mots que l'âge nous apporte, mais qui épargnent aux gens
d'un village les rencontres anonymes et presque inhumaines que
connaissent les habitants des villes.
Mais aujourd'hui, le lieu de notre rencontre et le beau temps
aidant, on sent que notre ami Camille a l'intention de continuer
cette conversation...
"Voyez-vous, Monsieur, ces bornes ; quand nous rentrions
avec un tombereau ou une guimbarde lourdement chargé, jamais
nous ne les avons éraflées. Maintenant, avec leurs énormes
tracteurs, ils ne respectent rien." et il montre les longues
cicatrices que portent les bornes, vieilles pierres du passé qu'un
artisan avait taillées pour le rôle qu'elles devaient remplir.
"Eh ! Oui, Monsieur, depuis 70 ans, je passe sous ce porche
tous les jours."
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